Mar08 2011
Top 10 des films les plus sous-estimés
Slam

Une caméra d'or obtenue au festival de Cannes, voilà qui, en principe, devrait suffire à mettre un film sur la carte. Mais pas dans le cas de Marc Levine qui obtint ce joli trophée en 1998 avec son percutant Slam. À Washington, dans un quartier délabré, Ray Joshua n'a aucun avenir. Jusqu'à ce qu'il comprenne que sa véritable force, ce sont ses mots, sa fougue, sa poésie. Récit d'initiation jamais gnan-gnan, d'une puissance formelle et verbale hallucinante, Slam a à peine su trouver le chemin des écrans à sa sortie. En 1998, il faut dire que le slam n'était pas à mode. Une preuve de plus que Jean Guitton avait bien raison quand il affirmait «qu'être dans le vent, c'est une ambition de feuille morte».
Donnie Darko
C'est presque l'exemple parfait du film sous-estimé. Tourné en 28 jours par un inconnu de 26 ans, plongeant dans une mystérieuse et captivante tambouille futuristo-existentielle en suivant les aventures d'un ado de 16 ans dans les années 80 (Jake Gyllenhaal dans son premier rôle principal), Donnie Darko a bien vite échoué sur les tablettes DVD dans une indifférence quasi-générale. Heureusement, les festivals et cinéphiles à travers le monde s'en sont mêlés (en 2002, l'association des critiques de Toronto lui remet le prix du meilleur film à ne pas avoir été distribué correctement au Canada) et lui ont permis d'acquérir le statut de film-culte à découvrir
À l’Ouest de Pluton
On a beaucoup glosé l'an dernier sur l'absence de nomination au Jutra du meilleur film de Tout est Parfait d'Yves-Christian Fournier. Beaucoup moins sur celle d'À l'Ouest de Pluton, première réalisation de Myriam Verrault et Henry Bernadet, pourtant tout autant, si ce n'était plus, scandaleuse. Singulière, unique, cette radiographie de la jeunesse québécoise tournée avec une poignée d'adolescents dénichés à Lorettville, une banlieue de Québec, et mise en scène avec un effet de direct captivant, est un film aussi drôle que touchant, aussi fin que puissant. Un petit bijou reconnu depuis dans tous les festivals internationaux où il passe mais largement sous-estimé en ses propres terres natales. Un mystère.
Keane
En 2005, si les choses étaient bien faites, si Million Dollar Baby n'était pas passé par là, s'il n'avait pas été si outrageusement ignoré, gagner un oscar n'aurait du être qu'une formalité pour ce film rare, chavirant, profond de Lodge Kerrigan (Claire Dolan, Clean, Shaven). D'une simplicité absolue (dans une gare, un homme cherche sa fille qu'il croit kidnappée), d'une force renversante, porté par une performance magistrale de Damian Lewis, évoquant le cinéma de Loach, des Dardenne, de Cassavetes, Keane est un grand film de cinéma, avec tout ce que cela comporte d'humanité et d'intransigeance. Qu'il soit resté un secret ne donne qu'encore plus envie de le partager.
The Woodsman
Les pédophiles ont-ils droit à une deuxième chance? Il en fallait de l'audace à Nicole Kassell pour se frotter à un sujet si sensible dès son premier film. Il en fallait de l'intelligence aussi pour que chaque effet de sa mise en scène fasse sens sans peser, pour convaincre Kevin Bacon d'embarquer et de livrer une performance si exemplaire. Il en fallait de la maîtrise encore pour réaliser ces deux moments de cinéma intenses et inoubliables, ceux du banc et du commentaire sportif. Tout cela, The Woodsman l'avait. Et même plus encore. Aucune explication logique, donc, à ce qu'il soit encore resté si en marge du véritable succès.
Mean Creek
Un gamin de 12 ans, un bully, un grand frère, un lac en Oregon, une partie de vérités ou conséquences d'une amertume sans nom: il n'en fallait pas plus à Jacob Aaron Estes pour planter le décor de son premier film, quelque part entre Stand by Me et Deliverance. Quand on ajoute une réalisation sensible, nerveuse et pudique et un portrait plus que lucide de la jeunesse américaine, on s'explique encore moins le relatif anonymat dans lequel est resté son réalisateur.
Daytona
Le spring break en Floride. A priori, il n'y avait rien dans ce sujet banal pour laisser entrevoir la possibilité d'un film aussi détonnant, aussi frappant que Daytona. Concocté par le mystérieux collectif Amerika Orkestra, suivant la douce folie, désenchantée et sauvage, d'une poignée de québécois en goguette dans ce haut lieu de la débauche trash, ce documentaire-ovni reste un des films les plus enfouis du paysage cinématographique québécois. À découvrir d'urgence donc, ne serait-ce que pour se rappeler qu'au Québec aussi, le cinéma indépendant sait avoir du chien.
Se souvenir des belles choses
Peut-on s'aimer quand on perd la mémoire? Dans un centre de traitement, Claire et Philippe (Isabelle Carré et Bernard Campan, bouleversants), tous deux amnésiques, apprennent à s'apprivoiser. Avec une sensibilité hors du commun, l'actrice Zabou Breitman réalise un premier film profondément touchant, profondément humain. Une sortie trop discrète en nos terres ne nous empêche pourtant pas de se souvenir de cette (très) belle œuvre.
Mysterious Skin
Après ses exercices générationnels (The Doom Generation, Nowhere), Gregg Araki se débarrasse de ses tics provocateurs et prétentieux pour adapter en 2004 un roman de Scott Heim et organise dans le Kansas des années 80 la rencontre crue et sensible entre un jeune prostitué et un geek qui croit aux ovnis, tous deux liés par un ancien trauma. Sincère sans provocation inutile ni complaisance, plein d'une grâce sauvage et mélancolique, le film pudique et sublime, quelque peu passé inaperçu, avait pourtant les épaules pour porter un réel engouement.
Little Children de Todd Field et Revolutionary Road de Sam Mendes
Est-ce l'ennui de ces mesdames Bovary modernes (aujourd'hui pour le premier, dans les années 50 pour le second) qui déprima? La franchise, parfois cruelle, avec laquelle ces deux films abordent la féminité et la maternité? La présence commune aux deux de la sublime Kate Winslet? Les seconds rôles incroyablement dérangeants (Jackie Earle Haley en pédophile dans le premier, Michael Shannon en mathématicien déglingué)? Impossible à savoir. Toujours est-il que Little Children et Revolutionary Road, malgré quelques nominations aux oscars, n'ont certainement pas eu le succès qu'ils méritaient.
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